Fluctuat et Mergitur
Bloc-notes d'un temps populiste - Mars 2026
Ce fut un naufrage. Le débat qui réunissait, cette semaine, les trois candidats du deuxième tour des élections municipales à Paris, Emmanuel Grégoire, Rachida Dati et Sophia Chikirou, a fait mentir la devise parisienne “Fluctuat Nec Mergitur”. Ce qui signifie littéralement : “Il est battu par les flots, mais ne sombre pas”.
Etant dans la position du sortant face à deux challengers, Emmanuel Grégoire s’est retrouvé sous le feu des attaques pendant deux heures, et n’est pas parvenu à prendre le dessus. Comme l’a très bien décrit Hélène Bekmezian dans Le Monde : “Par le hasard du tirage au sort, le candidat d’union de la gauche était positionné sur le plateau au milieu des deux autres prétendantes, comme un punching-ball placé entre un duo de boxeuses”.
Epargnée par les deux autres candidats, portée par un effet de nouveauté, Sophia Chikirou a eu toute latitude pour exister et se faire connaître. Ce qu’elle a très bien fait, en choisissant d’aller contre le “style Mélenchon”, c’est-à-dire en restant parfaitement calme et factuelle. Son style, qui rappelait parfois celui de Marine Le Pen, oscillait entre autorité et dérision vis-à-vis de ses adversaires.
C’est elle qui s’en sort le mieux, même si elle aura du mal à lutter contre l’effet “vote utile”, face à une Rachida Dati très clivante, et même si le “troisième tour” à gauche, en cas de défaite d’Emmanuel Grégoire, risque d’être agité.
Ce débat a révélé à qui sait la voir la stratégie de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027 : détruire la gauche modérée, en lui enlevant son bastion le plus symbolique, pour devenir le “seul opposant” face à une hypothétique “union des droites”. Il appelle de ses voeux une France réduite à l’affrontement de deux populismes.
Pourquoi le débat parisien était-il un naufrage ? Parce que, par exemple sur le sujet des violences sexuelles dans les écoles parisiennes, on aurait aimé avoir des explications publiques et des arguments de fond.
Il s’agit a priori de l’un des plus gros scandales pédocriminels de l’histoire française. Des dizaines de plaintes ont été déposées. Les victimes s’étalent sur plus d’une décennie. Les parents ont le courage immense de témoigner dans les médias. Leurs paroles sont tellement bouleversantes que je peinerais à les détailler ici.
La plus grosse affaire étant en cours dans l’arrondissement même de Rachida Dati, je précise qu’on attendait ces explications des deux candidats. Et pas uniquement d’Emmanuel Grégoire.
On espérait des excuses. Et tout ce qu’on a opposé au chagrin, à la colère, à l’inquiétude de ces familles, c’est un festival de faux-semblants et d’épithètes. Il faudra sans doute attendre le procès pénal pour avoir, enfin, une explication claire sur le sujet.
La même remarque vaut pour le budget, la circulation ou le logement. Le débat n’a pas eu lieu. Il ne s’agit pas d’accabler tel ou tel candidat en particulier. L’élection sera très serrée de toute façon. Mais on parle d’une capitale mondiale, de la première ville de France. Alors, disons-le, et je pense que cette opinion sera sans difficulté majoritaire chez les Parisiens, on espérait mieux.
Très bonne semaine à tous !
PS Je n’ai pas publié le dimanche à 8h30 comme d’habitude, pour cause d’élections. Histoire d’avoir un peu de recul. Je ferais probablement de même ce week-end, pour incorporer les résultats.


